Ce que les employeurs RATP et SNCF doivent changer dès la norme P27V01 La DSN continue de se transformer en machine administrative tentaculaire. Derrière chaque évolution de norme se cache désormais une nouvelle obligation déclarative, souvent technique, parfois opaque, mais avec des conséquences très concrètes sur les droits sociaux des salariés et les risques URSSAF ou retraite pour les employeurs.
La DSN continue de se transformer en machine administrative tentaculaire et on se demande si l’idée initiale (remplacer tout un tas de choses administratives par une seule) n’est pas en train de capoter et de donner quelque chose de pire.
Derrière chaque évolution de norme se cache désormais une nouvelle obligation déclarative, souvent technique, parfois opaque, mais avec des conséquences très concrètes sur les droits sociaux des salariés et les risques URSSAF ou retraite pour les employeurs.
La nouvelle norme P27V01 ne fait pas exception. Depuis les évolutions introduites pour les régimes spéciaux de retraite de la RATP et de la branche ferroviaire, certains éléments de rémunération doivent désormais être déclarés dans un bloc DSN spécifique : le bloc « Elément de revenu associé à des droits spécifiques – S21.G00.59 ».
Cette réforme ne concerne pas l’ensemble des employeurs français. Elle vise exclusivement les entreprises employant des salariés affiliés aux régimes spéciaux de retraite de la CRP RATP et de la CPRPF. Mais pour les entreprises concernées, notamment celles touchées par l’ouverture à la concurrence dans les transports publics, les impacts sont loin d’être anecdotiques.
Une erreur de paramétrage de paie, une mauvaise ventilation des primes ou une confusion entre les blocs S21.G00.51, S21.G00.52 et S21.G00.59 peuvent désormais provoquer des anomalies de droits retraite, des incohérences DSN ou des corrections rétroactives particulièrement lourdes.
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Pourquoi un nouveau bloc DSN S21.G00.59 a été créé
L’administration considère que certains éléments de rémunération ouvrent des droits retraite spécifiques ou majorés. Il ne s’agit donc plus simplement de rémunérations classiques, mais d’éléments suivis tout au long de la carrière des salariés afin de permettre aux caisses de retraite spéciales d’appliquer leurs propres règles de calcul.
Le problème est que les anciens blocs DSN ne permettaient pas d’identifier correctement ces montants. Jusqu’ici, certaines primes étaient simplement intégrées dans les rémunérations ou dans les blocs de primes et indemnités. Résultat : les caisses de retraite ne disposaient pas toujours des données nécessaires pour appliquer les coefficients de majoration, les points retraite spécifiques ou les exclusions d’assiette prévues par les textes.
La norme P27V01 ajoute donc un niveau déclaratif supplémentaire.
Concrètement, les employeurs doivent continuer à déclarer les montants dans les blocs habituels de rémunération ou de primes, mais ils doivent désormais ajouter en complément un bloc S21.G00.59 contenant des informations spécifiques.
Autrement dit : la réforme ne remplace pas les anciennes déclarations. Elle les complexifie.
Quels salariés sont concernés par cette obligation ?
La réforme concerne uniquement deux populations :
- les salariés affiliés au régime spécial de retraite de la RATP ;
- les salariés relevant du régime spécial ferroviaire géré par la CPRPF, notamment les personnels SNCF et certains salariés transférés dans le cadre de l’ouverture à la concurrence.
Pour les autres entreprises, le bloc S21.G00.59 ne doit pas être utilisé.
Cette précision est importante car de nombreux éditeurs de paie vont intégrer automatiquement les nouveaux paramétrages dans leurs logiciels. Certaines entreprises risquent donc de déclarer à tort des éléments dans ce bloc alors qu’elles ne relèvent pas des régimes spéciaux concernés.
Quels revenus doivent être déclarés pour les salariés RATP ?
Le référentiel ERADS prévoit trois grandes catégories de revenus spécifiques pour les salariés relevant du régime spécial RATP.
La première catégorie concerne les primes collectives de pénibilité. Ces primes permettent à certains agents de bénéficier d’une majoration de pension lorsqu’elles ont été perçues pendant au moins 15 ans. La dimension “carrière longue” explique pourquoi la caisse de retraite exige désormais une traçabilité beaucoup plus fine dans la DSN.
La deuxième catégorie vise les primes de nuit ouvrant droit à des points retraite spécifiques. Ici encore, le volume horaire associé à ces primes devient déterminant pour le calcul futur des droits.
Enfin, la troisième catégorie concerne les primes exonérées de cotisations sous réserve du respect des plafonds réglementaires. Ces primes dites “primes exclues” sont particulièrement sensibles car elles modifient directement l’assiette de cotisations applicable au régime spécial RATP.
Ces exonérations concernent surtout les salariés transférés vers des entreprises concurrentes dans le cadre de l’ouverture à la concurrence des transports franciliens.
Ce qui change pour les employeurs SNCF
Pour les employeurs relevant du régime spécial ferroviaire, la réforme modifie profondément les règles déclaratives applicables aux compléments de rémunération.
Jusqu’à la norme P26V01, plusieurs suppléments de rémunération étaient déclarés dans le bloc « Prime, gratification et indemnité – S21.G00.52 ». À compter de janvier 2027 et de la norme P27V01, ces éléments devront être déclarés dans le bloc S21.G00.59.
Sont notamment concernés :
- les suppléments de rémunération des agents classe 4 niveau 2 position 19 ;
- les suppléments des agents classes 1 à 3 et 5 à 8 ;
- les suppléments des agents et ex-agents de conduite ;
- les primes de traction SNCF.
L’administration impose également un changement de logique : ces éléments étant considérés comme des compléments habituels de rémunération, ils doivent être intégrés dans le salaire brut servant au calcul des droits chômage de type « 002 ».
Autrement dit, il ne suffit plus de les traiter comme de simples primes annexes.
Comment remplir correctement le bloc S21.G00.59 ?
Le bloc S21.G00.59 repose sur plusieurs rubriques sensibles.
La rubrique S21.G00.59.001 correspond au type d’élément de revenu spécifique déclaré. Les codes doivent être choisis dans le référentiel ERADS.
La rubrique S21.G00.59.002 contient le montant du revenu spécifique. Ce montant peut correspondre à une prime, un supplément de rémunération ou un montant agrégé d’exonérations selon les cas.
La rubrique S21.G00.59.003 concerne le nombre d’heures associées à l’élément déclaré. Cette donnée n’est pas systématique. Elle n’est attendue que pour certaines primes RATP liées à la pénibilité ou au travail de nuit.
Les dates de début et de fin de rattachement sont obligatoires. Beaucoup d’entreprises sous-estiment ce point alors qu’il conditionne directement la correcte affectation des droits retraite.
Enfin, lorsque le revenu est rattaché à un contrat précis, le numéro de contrat doit être renseigné. Dans le cas contraire, cette rubrique ne doit pas être remplie.
Le piège des revenus réguliers et habituels
La notion de revenu “régulier et habituel” devient centrale avec cette réforme.
Lorsque le revenu spécifique constitue un élément habituel lié à l’exécution normale du contrat de travail, il doit être intégré dans la rémunération de type « 002 – Salaire brut servant aux calculs des droits de l’Assurance chômage ».
A contrario, lorsqu’il s’agit d’éléments exceptionnels ou non réguliers, ceux-ci restent déclarés dans le bloc S21.G00.52 relatif aux primes et indemnités.
Cette distinction paraît simple sur le papier. En pratique, elle risque de provoquer de nombreux contentieux techniques.
Une prime versée plusieurs fois par an est-elle régulière ? Une prime de traction variable doit-elle être intégrée au salaire brut chômage ? Quid des régularisations rétroactives ?
La doctrine DSN reste encore partiellement floue sur plusieurs situations intermédiaires.
Les primes exonérées RATP : un sujet explosif pour la paie
Le traitement des primes exonérées de cotisations mérite une vigilance particulière.
Le montant déclaré ne correspond pas au montant brut de chaque prime, mais au montant agrégé des exonérations applicables.
Autre point important : ces primes exonérées ne doivent pas être intégrées dans le salaire brut servant au calcul des droits chômage.
Elles ne doivent pas non plus être déclarées dans le bloc S21.G00.52 relatif aux primes et indemnités.
Autrement dit, un mauvais paramétrage logiciel peut très rapidement provoquer :
- une double déclaration ;
- une erreur d’assiette de cotisations ;
- une anomalie retraite ;
- une incohérence sur les bases chômage.
Le sujet devient encore plus sensible pour les entreprises récupérant des salariés issus de la RATP dans le cadre de l’ouverture à la concurrence.
Les corrections DSN deviennent encore plus complexes
La fiche DSN prévoit explicitement des mécanismes de correction rétroactive.
L’exemple fourni par Net-entreprises est révélateur : une prime de nuit oubliée en janvier peut devoir être corrigée dans la DSN de février tout en restant rattachée à la période initiale.
Ce type de correction suppose :
- une gestion fine des périodes de rattachement ;
- des recalculs d’assiettes ;
- des corrections des bases individuelles ;
- une cohérence entre rémunération, primes et revenus spécifiques.
Pour les services paie déjà saturés par les évolutions permanentes de la DSN, la charge technique supplémentaire est évidente.
Ce que les entreprises doivent faire immédiatement
Les entreprises concernées ne peuvent pas attendre janvier 2027 pour réagir.
Les éditeurs de paie devront intégrer les nouveaux codes ERADS, les nouvelles règles de ventilation et les nouveaux contrôles de cohérence. Les entreprises devront ensuite vérifier que leurs paramétrages internes correspondent réellement aux consignes DSN.
Concrètement, plusieurs actions deviennent indispensables :
- cartographier les primes concernées ;
- distinguer les éléments réguliers des éléments exceptionnels ;
- identifier les primes exonérées ;
- vérifier les impacts sur les bases chômage ;
- contrôler les interfaces entre paie et DSN ;
- former les gestionnaires de paie sur les nouveaux blocs déclaratifs.
Beaucoup d’entreprises découvrent trop tard que leurs logiciels savent “produire une DSN”, mais pas forcément produire une DSN juridiquement cohérente.
Et dans les régimes spéciaux, les erreurs peuvent continuer à produire des effets pendant des années sur les droits retraite des salariés.
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