L’entretien professionnel change de nom, et pas seulement de nom. La loi n° 2025-989 du 24 octobre 2025 le rebaptise entretien de parcours professionnel — EPP — et en profite pour resserrer la périodicité, ajouter deux blocs de contenu obligatoires et créer une sanction financière automatique que l’ancien dispositif n’avait jamais vraiment eue. Pour les entreprises sans accord collectif spécifique sur la fréquence des entretiens, la réforme est déjà applicable depuis le 26 octobre 2025 ; l’échéance de mise en conformité complète tombe le 1er octobre 2026.
Ce qui change : de l’entretien professionnel à l’entretien de parcours professionnel
L’EPP ne remplace pas l’entretien professionnel par un dispositif entièrement nouveau — il en corrige les angles morts identifiés depuis sa création en 2014. Le principe reste le même : un temps d’échange distinct de l’entretien annuel d’évaluation, centré sur les perspectives d’évolution et non sur la performance. Ce qui change, c’est la rigueur imposée à son contenu et à sa traçabilité. Un document formalisé, remis et signé par les deux parties à l’issue de chaque entretien, retrace désormais les engagements pris — l’absence de ce document devient, en soi, un manquement identifiable en cas de contrôle ou de contentieux prud’homal.
Nouvelle périodicité et les 5 blocs obligatoires
La fréquence se resserre sur les débuts de carrière dans l’entreprise : un premier entretien à l’embauche, un second dans l’année qui suit, puis tous les 4 ans ensuite. Un bilan complet du parcours intervient tous les 8 ans, comme sous l’ancien régime, mais son contenu est désormais précisément cadré par cinq blocs obligatoires : les compétences acquises, le parcours professionnel suivi, les actions de formation réalisées, les perspectives d’évolution — professionnelle ou de qualification — et l’utilisation du compte personnel de formation (CPF). Sous l’ancien régime, ces thèmes étaient recommandés sans être tous explicitement exigés ; l’omission d’un seul bloc, si elle est relevée, suffit désormais à qualifier l’entretien d’incomplet.
Sanction de 3 000 € au CPF : qui est concerné et comment l’éviter
La sanction ne vise que les entreprises de 50 salariés et plus, mais elle est automatique et individuelle : pour chaque salarié qui, sur une période de 8 ans depuis son embauche, n’a pas bénéficié des entretiens à la fréquence requise et n’a suivi aucune formation non obligatoire, l’employeur doit verser 3 000 € sur le CPF de ce salarié. Contrairement à l’ancien régime — où le contentieux se limitait le plus souvent à un rappel de dommages-intérêts évalué au cas par cas par les prud’hommes — cette sanction ne dépend d’aucune action en justice du salarié : elle se déclenche sur simple constat du manquement, salarié par salarié. Sur une entreprise de 80 salariés où le suivi RH s’est relâché sur deux ou trois ans, l’addition grimpe vite dès lors que plusieurs dossiers sont concernés en même temps.
Mettre en conformité son entreprise avant le 1er octobre 2026
Trois étapes concrètes suffisent à sécuriser l’échéance. D’abord, un état des lieux : croiser la date d’embauche de chaque salarié avec la date de son dernier entretien professionnel pour identifier qui doit être vu avant octobre. Ensuite, la mise à jour du support d’entretien lui-même — un ancien support d’entretien professionnel qui ne couvre pas les cinq blocs obligatoires ne suffit plus, même si l’entretien a bien eu lieu dans les délais. Enfin, un point de vigilance souvent oublié : les entretiens déjà réalisés en 2025 et 2026 avant la bascule au nouveau format doivent-ils être repris ? La réponse dépend de la date exacte et du contenu couvert — un point à trancher au cas par cas plutôt qu’à trancher par défaut dans un sens ou dans l’autre, faute de position officielle uniforme à ce jour.
FAQ
L’EPP concerne-t-il toutes les entreprises, quelle que soit leur taille ?
L’obligation de mener les entretiens s’applique à toutes les entreprises sans condition d’effectif. Seule la sanction financière de 3 000 € au CPF est réservée aux entreprises de 50 salariés et plus.
Un entretien professionnel classique mené en 2025 compte-t-il pour la nouvelle périodicité EPP ?
En l’absence de position officielle définitive et uniforme sur ce point à la date de rédaction, la prudence recommande de vérifier que l’entretien réalisé couvre les cinq blocs désormais obligatoires — à défaut, un entretien de rattrapage limité aux blocs manquants permet de sécuriser la situation sans tout refaire.
Que se passe-t-il si l’entreprise a un accord collectif sur la fréquence des entretiens professionnels ?
Un accord collectif spécifique sur ce point continue de prévaloir sur la périodicité légale par défaut — c’est la raison pour laquelle certaines entreprises sont déjà soumises au nouveau régime depuis le 26 octobre 2025 quand d’autres bénéficient du délai jusqu’au 1er octobre 2026.
Le document remis à l’issue de l’entretien doit-il suivre un modèle imposé ?
Aucun modèle national obligatoire n’est imposé, mais le document doit obligatoirement couvrir les cinq blocs légaux et porter la signature des deux parties. Un support interne adapté à l’entreprise reste possible, à condition de cocher chacun de ces points.
10 semaines avant l’échéance, l’urgence n’est pas de refaire tous les entretiens professionnels de l’entreprise — c’est de savoir précisément lesquels manquent, et pour quels salariés le compteur des 8 ans tourne déjà. Cobham Solutions accompagne cet état des lieux et sa mise en conformité, en parallèle de l’audit paie et DSN.
Faire l’état des lieux de mes entretiens professionnels
Voir aussi notre article sur le bulletin officiel de la sécurité sociale (BOSS).