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Canicule et droit du travail : quels sont les droits des salariés et les obligations des employeurs ?

Chaque été, la même question revient dans les entreprises : à partir de quelle température peut-on arrêter de travailler ? La réponse surprend souvent. Contrairement à une idée largement répandue, le Code du travail ne fixe aucune température maximale au-delà de laquelle le travail devient automatiquement interdit.

Pour autant, cela ne signifie pas que l’employeur peut laisser ses salariés travailler dans n’importe quelles conditions. Les épisodes de canicule et de chaleur extrême font désormais l’objet d’un cadre juridique renforcé. Depuis 2025, les obligations des employeurs ont été considérablement étendues afin de mieux protéger les travailleurs face à des phénomènes climatiques devenus plus fréquents et plus intenses.

La chaleur n’est plus seulement une question de confort. Elle constitue un véritable risque professionnel pouvant provoquer déshydratation, malaises, épuisement, perte de vigilance, accidents du travail et, dans les cas les plus graves, des coups de chaleur potentiellement mortels.

Le droit du travail prévoit-il une température maximale ?

C’est probablement la question la plus recherchée sur internet lors des épisodes de canicule.

La réponse est non. Aucune disposition du Code du travail ne fixe un seuil de température imposant automatiquement l’arrêt du travail. Il n’existe donc pas de règle du type « interdiction de travailler au-dessus de 30 °C » ou « fermeture obligatoire des bureaux à 35 °C ».

Cette absence de seuil légal ne signifie toutefois pas une absence de protection.

L’employeur reste soumis à une obligation générale de sécurité. Il doit prendre toutes les mesures nécessaires pour préserver la santé physique et mentale de ses salariés. Cette obligation s’applique pleinement lors des périodes de forte chaleur.

Depuis le décret du 27 mai 2025, entré en vigueur le 1er juillet 2025, les employeurs doivent désormais évaluer spécifiquement les risques liés aux épisodes de chaleur intense, qu’ils concernent des salariés travaillant en intérieur ou en extérieur.

Quels sont les droits des salariés en cas de canicule ?

Les salariés disposent de plusieurs protections lorsque les températures deviennent dangereuses.

Ils ont tout d’abord le droit de bénéficier de mesures de prévention adaptées. Cela peut passer par un aménagement des horaires, une augmentation des pauses, la mise à disposition d’eau fraîche, l’installation d’équipements permettant de réduire l’exposition à la chaleur ou encore la réorganisation de certaines tâches.

Les salariés ont également le droit d’être informés des risques liés à la chaleur et des comportements à adopter en cas de malaise ou de coup de chaleur. Cette obligation d’information est désormais expressément renforcée par les nouvelles règles applicables depuis 2025.

Enfin, lorsque la situation présente un danger grave et imminent pour leur santé ou leur sécurité, les salariés peuvent exercer leur droit de retrait. Toutefois, ce droit ne s’applique pas automatiquement dès qu’il fait chaud. Le danger doit être réel et suffisamment important pour justifier l’arrêt du travail. Chaque situation s’apprécie au cas par cas en fonction de la température, du poste occupé, de l’état de santé du salarié et des mesures mises en place par l’employeur.

Quelles sont les nouvelles obligations des employeurs en cas de forte chaleur ?

Le renforcement réglementaire intervenu en 2025 marque un changement important.

Désormais, dès qu’un épisode de chaleur intense est annoncé par les dispositifs de vigilance météorologique, l’employeur doit procéder à une évaluation spécifique des risques. Cette analyse doit concerner l’ensemble des postes de travail susceptibles d’être exposés aux fortes températures.

L’employeur doit ensuite mettre en œuvre des mesures concrètes de prévention.

Cela peut notamment consister à modifier les horaires afin d’éviter les périodes les plus chaudes de la journée, réduire les efforts physiques, augmenter les temps de récupération, adapter les cadences, mettre à disposition davantage d’eau potable fraîche, améliorer la ventilation des locaux ou fournir des équipements adaptés aux conditions climatiques.

Les travailleurs particulièrement vulnérables doivent faire l’objet d’une attention renforcée. Cela concerne notamment certaines personnes souffrant de pathologies particulières, les salariés âgés ou encore les femmes enceintes.

L’employeur doit-il fournir de l’eau aux salariés ?

Oui.

L’obligation de mettre à disposition de l’eau potable est ancienne mais elle prend une importance particulière lors des épisodes de canicule.

Les salariés doivent pouvoir disposer d’une quantité d’eau suffisante pour s’hydrater régulièrement. Lorsque les conditions climatiques l’exigent, l’employeur doit augmenter les moyens mis à disposition afin de prévenir les risques de déshydratation.

Cette obligation concerne aussi bien les salariés travaillant dans des bureaux que ceux intervenant sur des chantiers, dans des entrepôts ou sur des sites industriels.

Les entreprises doivent-elles climatiser les locaux ?

Contrairement à certaines idées reçues, la climatisation n’est pas obligatoire.

Le Code du travail impose en revanche que les locaux de travail soient maintenus à une température adaptée à l’activité exercée et à l’environnement de travail. L’employeur doit donc rechercher toutes les solutions permettant de limiter l’exposition à la chaleur.

Selon les situations, cela peut passer par une climatisation, mais aussi par des protections solaires, des ventilateurs, une meilleure ventilation naturelle, des stores, des films anti-chaleur ou encore une organisation différente des espaces de travail.

L’objectif recherché n’est pas la mise en place d’un équipement particulier mais la protection effective des salariés.

Quelles mesures doivent être prises sur les chantiers et pour les salariés travaillant à l’extérieur ?

Les travailleurs exposés directement au soleil figurent parmi les populations les plus à risque.

Dans les secteurs du BTP, de l’agriculture, des espaces verts, de la logistique ou des travaux publics, les employeurs doivent adapter l’organisation du travail afin de limiter l’exposition aux heures les plus chaudes.

Les mesures peuvent inclure un démarrage anticipé des chantiers, l’installation de zones ombragées, l’augmentation des pauses, la mise à disposition d’eau fraîche à proximité immédiate des postes de travail ainsi que la fourniture de vêtements et équipements adaptés.

Dans certaines situations exceptionnelles, l’arrêt temporaire de certaines activités peut devenir nécessaire lorsque les risques ne peuvent plus être maîtrisés de manière satisfaisante.

Un employeur peut-il être sanctionné en cas de manquement ?

Oui.

L’obligation de sécurité constitue l’une des obligations les plus importantes pesant sur l’employeur.

Si un salarié est victime d’un accident ou d’un malaise lié à la chaleur alors qu’aucune mesure de prévention adaptée n’avait été mise en place, la responsabilité de l’entreprise peut être engagée.

L’inspection du travail peut également intervenir lorsque les conditions de travail présentent un danger pour la santé des salariés.

Au-delà du risque juridique, les conséquences humaines et financières peuvent être particulièrement importantes. Les épisodes de chaleur sont aujourd’hui associés à de nombreux accidents du travail, parfois mortels, notamment dans les métiers exercés en extérieur.

Ce que les employeurs doivent retenir pour l’été 2026

La question n’est plus de savoir s’il fait trop chaud pour travailler mais de savoir si les mesures de prévention mises en place sont suffisantes.

Depuis le renforcement de la réglementation en 2025, les entreprises doivent anticiper les épisodes de chaleur intense, évaluer les risques dans leur document unique, former les salariés, adapter l’organisation du travail et mettre en place des mesures concrètes de protection.

Les entreprises qui considèrent encore la canicule comme un simple problème de confort prennent un risque important. Les fortes chaleurs sont désormais reconnues comme un risque professionnel à part entière, au même titre que les risques chimiques, mécaniques ou psychosociaux. Pour les employeurs, l’enjeu est autant juridique qu’humain : protéger les salariés avant que la chaleur ne provoque un accident.

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